Trois questions à Catherine Piana, CoESS. "Les Autorités doivent donner au secteur les moyens d’exercer son métier car elles ont besoin des acteurs de la sécurité privée".





On constate des disparités notables dans l’utilisation des services de sécurité privée dans la gestion de la sûreté globale (publique et privée) des pays de l’espace européen. Cela correspond sans doute à une histoire, une culture et une organisation différente. Toutefois, les missions restent fondamentalement les mêmes. La crise actuelle, autant sanitaire qu’économique voire sociale, vous semble-elle de nature entraîner une convergence entre les différents systèmes existants voire à faire émerger un nouveau modèle plus efficient ?

Ce que la crise actuelle a mis en lumière de manière évidente, c’est que la sécurité privée exerce une fonction essentielle pour la société. Plusieurs représentants d’Etats membres, au plus haut niveau, dont le Président Macron ou la Première Ministre belge Sophie Wilmès, ou encore la Commission européenne, l’ont exprimé.  

Je pense que beaucoup d’acteurs de la sécurité privée, de l’agent de sécurité qui fait son métier avec sérieux et motivation, au chef d’entreprise, à nous qui représentons la profession, avons été frappés et touchés de cette reconnaissance.  

La suite logique c’est de traduire les mots en actions.  Je pense qu’il y aura convergence mais celle-ci prendra du temps et devra se faire en cohérence avec la culture de chaque pays. Certains pays sont plus avancés que d’autres pour toute une série de raisons.  Mais les crises sont toujours l’occasion d’apprentissages et d’évolution et donc je crois beaucoup dans l’utilisation des leçons et leur transposition en mesures concrètes.
 

Et, bien entendu, pour la CoESS, ces mesures doivent respecter nos valeurs-phares : sécurité, conformité, qualité, confiance.


Quel est, ou sont, le(s) modèles vers le(s)quel(s) la France pourrait tendre afin de faire évoluer la situation de ce secteur ? Quelles évolutions aussi bien administratives, économiques ou managériales seraient souhaitables pour que la profession y parvienne ?

Il est très difficile, je pense, de faire du copié/collé en matière de législation sur une thématique aussi délicate que la sécurité privée, justement parce qu’elle est très liée à la culture juridique de chaque pays.   D’une manière générale, les législations citées en exemple par les spécialistes sont la Suède, l’Espagne et la Belgique. 

Mais justement, la France et la Suède sont trop éloignées sur le plan social et culturel pour qu’on puisse greffer le modèle suédois en France.  Le modèle espagnol et le belge sont très proches l’un de l’autre et sont le fruit d’un long processus de maturation, d’expérience et de coopération entre le public et le privé.   Nous ne sommes pas encore dans un monde idéal dans ces pays, mais il me semble que le public et le privé se respectent et se font confiance.

Sans la confiance et le respect mutuel, il est impossible d’envisager quelque continuum que ce soit - c’est juste un mot « tendance », qu’on aime à répéter mais qui ne vit pas encore. Pour lui donner vie, il faut commencer par écouter les acteurs de la profession.  S’ils disent qu’il faut monter en compétence, dépasser l’approche du moins-disant, respecter le métier, il faut l’écouter.  Et agir en conséquence.
De façon très globale, les Autorités doivent donner au secteur les moyens d’exercer son métier car elles ont besoin des acteurs de la sécurité privée. Et elles ont besoin d’un secteur professionnel, qualifié, sérieux, qui inspire confiance. 

Merci de participer à Security-Day. Qu’attendez-vous de cet événement, en tant que directrice générale de la CoESS d’une part, et plus généralement au titre de votre riche expérience du domaine de la sécurité privée ?

Là où je le peux, apporter le point de vue global de la CoESS, illustré par des exemples dans d’autres pays, de manière à faire naître des bonnes pratiques et à enrichir les expériences – je crois beaucoup en l’intelligence collective et l’idée que « le tout est supérieur à la somme des parties ».   

C’est la valeur ajoutée de la CoESS :  favoriser les échanges et stimuler la réflexion au sein de la profession.  A titre personnel, ces moments me permettent de récolter toujours plus d’expériences et d’avis, et donc d’étoffer mes propres connaissances du terrain pour les rendre toujours plus réelles, vivantes et mobilisatrices lorsque je les défends à Bruxelles.     

Catherine Piana, merci.

Propos recueillis par Thierry Marchad.



Samedi 6 Juin 2020
Catherine Piana. Directrice générale de la Confédération Européenne des Services de Sécurité - CoESS et d’ASSA-i