Trois questions à Christophe Aubertin. Maître de conférences en Droit privé et Sciences criminelles, Université de Paris




Trois questions à Christophe Aubertin. Maître de conférences en Droit privé et Sciences criminelles, Université de Paris

/ Le secteur de la sécurité privée est en fort développement, et a su s’adapter à de nombreuses réformes comme nous l’a présenté Claude Tarlet. Quelles seraient dans le contexte particulier que nous vivons, vos recommandations, pour poser les prochaines étapes d’évolutions positives ? Quelles seraient les solutions à mettre en œuvre pour qu’advienne le continuum de sécurité largement annoncée ?

La sécurité privée est aujourd’hui un acteur indispensable de la sécurité globale. Il est vrai que la protection des personnes et des biens contre la délinquance est une des missions régaliennes de la puissance publique. Mais l’État ne saurait répondre à tous les besoins de sécurité au moyen de la seule force publique. Il a besoin du concours des entreprises de sécurité privée qui emploient à présent environ 150 000 agents et réalisent un chiffre d’affaires d’à peu près 8 milliards d’euros.   

L’une des clés de la sécurité globale est donc la coordination entre la sécurité publique et la sécurité privée, qui contribue au continuum de sécurité. Il existe d’ores et déjà des exemples réussis de coproduction de sécurité, notamment dans le secteur des transports. La sûreté aéroportuaire, même si elle est très affectée actuellement par la crise sanitaire, montre la voie à suivre : amélioration de la formation des agents, augmentation des rémunérations et optimisation de qualité des prestations permettent au continuum de se déployer dans les aéroports, en s’appuyant sur la confiance réciproque entre partenaires publics et privés.

Le secteur de la sécurité privée, outre l’État qui l’organise et le contrôle, doit également faire avec des clients, acheteurs, juristes et opérationnels ont souvent un but commun mais des intérêts opposés. La croissance forte est là. Comment les entreprises de sécurité privée pourraient enclencher un cercle vertueux ? Comment faire évaluer le dialogue avec les donneurs d’ordres ?

Le secteur de la sécurité privée présente manifestement des fragilités d’ordre économique. Pour que les entreprises puissent investir dans les technologies de sécurité, augmenter le taux d’encadrement du personnel et perfectionner la formation des agents, il est nécessaire qu’elles accroissent leur marge bénéficiaire. Celle-ci est aujourd’hui souvent très faible, voire négative. Ainsi, la faiblesse des prix pratiqués sur les marchés publics ou privés de prestations de sécurité freine l’investissement. Il est d’ailleurs à craindre que les répercussions économiques de la crise sanitaire n’aggravent encore la situation.  Or, en matière économique, les leviers d’action sont d’un maniement délicat. Il faudrait, dans l’absolu, rééquilibrer le rapport de forces entre les donneurs d’ordres et les entreprises de sécurité privée. L’État déclare volontiers qu’il souhaite le faire, mais ce n’est guère qu’un vœu pieux.

Il n’hésite pas lui-même, pour réduire la dépense publique, à pratiquer le moins disant dans les marchés publics de prestations de sécurité. Il est vrai que tous les moyens d’agir n’ont pas encore été utilisés. Il est par exemple regrettable que le CNAPS ne sanctionne pas davantage les entreprises qui se livrent à une concurrence déloyale ou offrent des prix anormalement bas.

Merci de participer à Security Day. Qu’attendez-vous de cet événement, en tant qu’universitaire d’une part, et plus généralement au titre de votre expérience du domaine de la sécurité privée ?

Cette participation à Security-Day offre l’opportunité de mieux faire connaître la sécurité privée, qui reste insuffisamment étudiée dans l’enseignement supérieur. Elle constitue pourtant un remarquable objet de recherches sociologiques, économiques et juridiques. En particulier, le droit de la sécurité privée est pluridisciplinaire : il se rattache au droit privé par ses organes et au droit public par ses fonctions.    

La formation aux métiers de la sécurité a néanmoins beaucoup progressé. Les organismes privés de formation n’échappent plus désormais au contrôle du CNAPS. La durée de la formation des agents a été portée à 140 heures de formation initiale. La formation des cadres et des dirigeants n’a pas non plus été négligée. Après la réforme du baccalauréat professionnel, un brevet de technicien supérieur (BTS) de management opérationnel de la sécurité a été institué. La filière de formation peut se prolonger par une licence professionnelle Sécurité des biens et des personnes et par un master de Sécurité intérieure ou d’Ingénierie des risques. La qualité des formations est évidemment cruciale pour des entreprises à haute intensité de main d’œuvre telles que les entreprises de sécurité privée.

Merci Christophe Aubertin et rendez-vous demain !


Mercredi 17 Juin 2020
Thierry Marchand