Trois questions à Claude Tarlet, président de la Fédération française de la sécurité privée "Il faut rendre l’offre de sécurité beaucoup plus sophistiquée intégrant de l’intelligence, des technologies et des ressources humaines "


Contexte sécuritaire dégradé, multiplication et diversification des risques et menaces : les métiers de la sécurité privée sont de plus en plus sollicités. Or les récentes évolutions économiques généralistes (notamment Loi Sapin 2, RGPD…) s’avèrent contraignantes pour ce secteur très spécifique majoritairement constitué de PME. Le gouvernement travaille sur une nouvelle édition du Livre blanc de la sécurité intérieure, qui fournira de nouvelles orientations sur le rôle de la sécurité privée auprès des services publics.



Trois questions à Claude Tarlet, président de la Fédération française de la sécurité privée "Il faut rendre l’offre de sécurité beaucoup plus sophistiquée intégrant de l’intelligence, des technologies et des ressources humaines "


Le constat

Du fait notamment de la généralisation de l’usage de nouvelles technologies, le recrutement devient plus exigeant. Cela implique d’identifier des profils plus qualifiés. Or le domaine reste peu valorisé donc peu attractif (comme l’illustre par exemple le traitement médiatique de la crise du COVID-19, qui occulte totalement l’engagement des agents de sécurité, pourtant en première ligne dans divers secteurs).

Le témoignage

 Président de la Fédération française de la sécurité privée (FFSP), Claude Tarlet œuvre depuis de nombreuses années à fédérer les divers métiers de la profession, mais aussi à la faire reconnaître et développer. Membre du comité de programme et invité spécial de la première édition des matinales de Security-Day, Claude Tarlet fait le point, pour Veille Mag, sur les grands enjeux en cours, entre évolutions réglementaires et problématiques RH.

Selon vous, quelles contraintes majeures freinent actuellement le secteur ? Comment agir pour qu’elles ne deviennent pas bloquantes ? Quelles évolutions normatives et réglementaires seraient souhaitables pour que la profession se développe ?

La sécurité privée a longtemps été abordée avec de la prudence, voire avec de la crainte, par l’État.
Les lois successives ont surtout visé à encadrer les activités privées de sécurité, pour offrir des garanties de moralité et de professionnalisme. Mais dans le même temps, la sécurité privée a su montrer qu’elle était toujours au niveau quand des missions sensibles lui étaient confiées, dans l’aéroportuaire, dans la protection physique de personnes, dans les grands événements ou encore dans le transport de valeurs.
La confiance des pouvoirs publics et de l’opinion publique en général a beaucoup grandi. À côté de ces réussites, nous avons des métiers qui souffrent d’être trop encadrés. Je pense aux métiers de l’enquête privée, qui par exemple sont restreints dans leurs accès à certaines bases de données ; je pense aux métiers de la protection rapprochée ou de la protection à l’international, pour lesquels on restreint la possibilité d’être armés, alors même que l’on laisse certaines personnalités étrangères en visite en France se faire accompagner par leur propre personnel armé !
Concernant les activités de surveillance humaine, il y a encore trop de prudence quant à la surveillance depuis la voie publique, par exemple. Sur les activités de surveillance armée, après avoir fortement poussé le secteur à s’engager dans cette direction, l’État semble ralentir le déploiement de ces prestations.  Le fonctionnement du CNAPS inquiète beaucoup les professions appartenant au champ réglementé de la sécurité privée Les délais de traitement des dossiers sont un véritable frein pour le marché de l’emploi et les contrôles nous semblent parfois mal ciblés. 

Alors dans ce contexte oui, des évolutions de la réglementation peuvent nous amener des perspectives supplémentaires. L’assermentation de certains agents serait utile pour apporter une réponse efficace et proportionnée à des comportements inciviques ou dangereux. La protection renforcée par le code pénal des personnels de sécurité privée serait aussi un moyen de rassurer celles et ceux qui sont exposés aux agressions. 
Il faut qu’un débat public s’ouvre sur les évolutions réglementaires et législatives pouvant concerner la sécurité privée. Le livre blanc sur la sécurité intérieure est un travail utile, mais le sujet mérite un débat plus large dans la société, pour aller au-delà de quelques aménagements.

Que manque-t-il à la profession pour séduire, recruter à bon niveau et fidéliser sa main d’œuvre ? Comment y arriver ?

Les métiers de la sécurité attirent car ce sont des métiers de prévention, de protection, qui sont nobles et plutôt appréciés par la population, selon les enquêtes annuelles conduites par l'IFOP pour le compte de la FFSP. Certains des métiers de la sécurité privée ont en effet du mal à fidéliser, ce qui pose parfois un problème de main d’œuvre, en particulier dans la surveillance humaine.   Pour fidéliser, il y a plusieurs axes du travail : la spécialisation, la rémunération, les conditions de travail. 
 
Il est très difficile de mener ces évolutions quand les marges d’exploitation sont au plus bas. C’est à nous, collectivement, de faire émerger une volonté partagée avec les clients publics et privés. Personne ne viendra à notre secours, et certainement pas l’État, donc nous devons nous prendre en main. Beaucoup de donneurs d’ordre regardent encore trop le seul aspect financier.  C’est peut-être parce que nous ne savons pas valoriser la qualité d’une offre. 

Nous devons trouver les moyens de tirer le marché vers le haut. Cela peut passer par de nouveaux standards de qualité, reconnus par l’ensemble du marché, permettant de sortir du nivellement actuel dans les métiers de prestation humaine. On ne gagne pas d’argent avec ce qui est trop simple, trop standardisé, trop facilement remplaçable.
Il faut rendre l’offre de sécurité beaucoup plus sophistiquée. Une offre de sécurité intégrant de l’intelligence, des technologies et des ressources humaines, peut être à fois plus utile aux clients et plus profitable pour les prestataires.

NOUS SOMMES PARTICULIÈREMENT HONORÉS DE VOTRE PRÉSENCE À SECURITY-DAY, EN TANT QUE PRESIDENT DE LA FFSP, QU’ATTENDEZ-VOUS DE CET ÉVÉNEMENT ?

J’attends de cet événement qu’il fasse émerger des idées positives, qu’il nous donne à tous l’envie d’une impulsion collective pour sortir grandis de la crise. Merci Claude Tarlet. Propos recueillis par Cynthia Glcok




Mercredi 20 Mai 2020
@Claude_Tarlet ITV @Cynthia Glock